Skip to main content

Haiti : un etat de droit dans la melee

Haiti : un etat de droit dans la melee
Dr Jean Fresnel, Espagne


P lus de 20 ans se sont deja ecoules quand une population assoifee de justice et de changements s' est jetee dans les rues de la capitale et des villes de province pour reclamer a l' unisson le depart d' un regime : le duvalieriste. Des morceaux de fer, de pierres, des armes blanches et des barricades enflammees tout etait au rendez vous dans un amalgame tumultieux, dechaine et ponctue par les aspirations et les revendications d' un secteur ou d' un autre criant a tue tete : democratie ou la mort.

Il n'etait pas encore 3 heures du matin quand la nouvelle s' est repandue comme une trainee de poudre: la democratie vient de se poindre a l' horizon et la dictature vient de partir en fumee. Des ovations, des palmes, des soupirs de soulagement, des etreintes et des projets de societe et de justice sociale, tout fusait dans un sens ou dans un autre. Car, un vent d' espoir souffle dans toutes les directions dans le pays. Le supplice des colets, le vendalisme et le banditisme se sont erriges sur l' autel de la patrie comme juges supremes pour punir et venger bourreaux, familles et amis du regime.

Parallement, les plus astucieux ou les plus intelligents etaient deja au rendez vous en train de manier l' instrument a ecrire pour noircir a tour de roles des tas de papiers au nom de la democratie, discourir et occuper les premieres places de la fonction publique au nom de la democratie.

Une democratie boiteuse, scabreuse, fragile et frequemment remise en question puisque parfois elle tente de s' assimiler, se juxtaposer ou tout simlement s' apparenter a l'anarchie ou au liberalisme. Aussi, a-t-elle vu des vies humaines partir pour l'au delas, du sang couler a flot afin de prendre forme et surface. Cependant, malgre vent et marrees, elle a reussi a s' imposer comme pierre angulaire ou fil conducteur pour rapiecer le tissu social hautement dechire par l' exclusion, la discrimination et la lutte de caste et de classe. Elle a donne, de ce fait, naissance a la constitution, la liberte de la presse, des elections a tous les echelons de la chose publique, l' equilibre des pouvoirs et surtout l' autonomie de l' universite.

L' universite est artisan et chef d' orchestre de la democratie. L' universite, a uncun moment donne de la duree, n'avait jamais cesse de jouer son role d' acteur principal ou d' instigateur dans les vastes mouvements qui ont donne lieu a ces acquis combien indispensables pour le respect et le bon foncionnement d' un Etat qui souvent se perd dans un profond ocean d' obscurantisme et de demagogie. Sur ces entrefaites, elle s' est toujours vue dans l' obligation de se lever pour tirer la sonnette d' alarme soit pour rappler a l' ordre les elus ou reclamer tout simplement leur depart.

Par ailleurs, il est souvent triste de constater que quand l' universite s' eternue beaucoup de parasites de la sphere politique ont de la coqueluche. Car, astucieusement ils epousent ses desiderata et en profitent pour faire cause commune avec elle. Cette derniere, malheureusement, n' est pas toujours a meme de faire la decantation de ses interets et ses objectifs de luttes dans des cirsconstances particulieres quand surtout ils sont loin d' etre conciliables avec ceux de ces parasites du pouvoir.

Par contre, les objectifs de depart une fois atteints et l' ascention au timon des affaires des soit disant defenseurs de la lutte du peuple une fois concretisee, l' universite est jetee dans les oubliettes : toujours pas de bibliotheques, pas de cafe, pas de transport, pas de campus, pas d' espace pour acceuillir des milliers de bacheliers, pas de laboratoire de recherches. C' est dommage qu' elle ne sait pas decouvrir au moment opportun quand on lui fait servir de marches pieds pour etre releguee a l' arriere plan apres.

Bref, une classe d' hommes et de femmes appeles a apporter du sang neuf dans la vie de la machine etatique du pays, malheureusement heritee d' un delabrement institutionel chronique et visceral sous les auspices d' une formation profesionnelle hors paire.

Alors, a quel type de professeur, ingenieur, avocat, infirmier, docteur majistrat, depute, senateur, ministre ou president etc nous attentendons nous? De quelle releve parlons nous? A quelle institution avec des hommes competents et a la hauteur de leur tache aspirons nous? De quel service sanitaire et d' attention primaire revons nous ? Quelle education voulons nous offrir? Bref , quelle democratie voulions nous implanter apres des decennies de luttes incessantes pour l' instauration d' un etat de droit et de devoirs?

La chaine de ces interrogations serait interminable si a celle ci, j' oserais attacher sous forme de questionnement les besoins sousprimaires qui jusqu a cette presente minute continuent a faire defaut. Donc, je crois comme tout autre compatriote conscient de la precarite de la situation actuelle du pays que le temps est revolu, qu' une Haiti meilleure est possible et qu' il existe une imperieuse necesite de changer le statu-quo. Mais, je crois egalement et fermement qu'il est difficile et meme impossible de donner un pas dans le sens positif si les luttes de l' heure ne se tournent pas autour d' un projet de societe base sur la formation d' une nouvelle classe d' hommes, la culture des valeurs et de la qualite. Quand, je parle de valeurs et de qualite, je ne me refere pas a un groupe d' hommes issus d' une classe sociale determinee, ni d' une condition sociale privilegiee ou economiquement superieure par rapport a une autre, ni non plus d' une classe sociale defavorisee ou economiquement inferieure par rapport a une autre, mais plutot une classe d' hommes issue de toutes les classes, dont la dimension patriotique et progressite depasse les aspirations aux privileges personnels, mais plutot responsable devant la nation et egale a elle meme.

Aucune societe humaine ne saurait evoluer en bonne et due forme si des sentiments d' exclusion sociale et de discrimination surgissent, si des droits sont menaces, si les devoirs ne sont pas accomplis, si la creation des conditions pour les opportunites d' etude de qualite n' est pas garantie pour tous, si les hommes de cette societe ne s' appliquent pas a la culture de la science et de la thecnologie.

Ainsi, pourrons-nous construire cette fameuse democratie non dans cet etat d' analphabetisme fonctionnel, exponentiel et vertigineux que reflete l' etat actuel de nos institutions, mais putot et je repete a la lumiere du savoir, des valeurs et des qualites.