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La périlleuse mission confiée au premier Cardinal haitien Chibly Langlois

Par Leslie Péan, Economiste - Historien




M algré tout l’optimisme que le gouvernement Martelly peut susciter dans certains secteurs, les observateurs moindrement objectifs y voient la quintessence du brigandage légué par le duvaliérisme. Pour eux, il s’agit d’un véritable repaire d’affairistes où se négocient non seulement les nominations politiques, mais aussi la drogue, les consciences, la virginité, etc. Haïti est ainsi devenue un bien curieux pays où le gouvernement a pu augmenter, sans passer par la voie législative, les taxes sur les passeports, les billets d’avion, les appels entrants, cela sans incidence sur les coffres de l’État qui restent vides. Difficile de trouver un sens aux encouragements des perpétuels profiteurs de la Nation à la pratique délibérée de la gabegie. Vu sous cet angle, le gouvernement Martelly apparaît comme une cabale systématique orchestrée dans le seul but du profit personnel d’un cercle restreint de dirigeants entouré d’une meute de courtisans assoiffés de pouvoir. Dans un tel contexte, le prétendu dialogue avec l’opposition commencé en ce début de 2014 peut-il être autre chose qu’une opération de maquillage ou un marché de dupes ?

Comme l’a montré Arnaud Dandoy dans son analyse des limites du dialogue sur l’insécurité et l’aide humanitaire en Haïti, le dialogue entre les forces démocratiques et les agents du banditisme institutionnalisé ne peut déboucher que sur une impasse. En braquant ses projecteurs sur l’absence de confiance entre les acteurs que sont les organisations humanitaires et la population locale, Dandoy jette la lumière sur l’ingéniosité malsaine qui a abouti au climat de méfiance généralisée qui règne dans cette société haïtienne minée par la suspicion. À un moment où élèves et professeurs expriment depuis deux semaines à travers le pays leur exaspération dans les manifestations de rues face au pouvoir Tèt Kale. La lucidité des démocrates leur commande de faire des concessions pour aider le Cardinal Langlois dans la mission périlleuse qui lui est confiée. Mais ils ne veulent pas faire de compromis, encore moins des compromissions, qui viendront les hanter un jour plutôt proche car la colère de la jeunesse monte. Comme l’explique l’écrivain péruvien Manuel Scorza[2], la colère qui augmente est un signe de la fin de l’impuissance.

À l’accession de Jean-Claude Duvalier au pouvoir en 1971, de nombreux professionnels de la politique écartés par Papa Doc à partir de 1957 ont juré qu’ils ne seraient jamais plus tenus à l’écart du festin dont les intérêts nationaux font les frais. Aussi ont-il pris l’habitude de mettre au moment opportun une sourdine à leurs revendications pour ne pas effrayer le pouvoir et jouir ainsi de certains avantages. Aujourd’hui leurs déclarations et leurs revirements n’étonnent donc personne. Par contre, il y en d’autres, connus pour leur position de combat, qui ont changé d’identité et qui se sont mystérieusement laissé récupérer. C’est bien dommage. Et la capitulation sans grandeur d’une frange de l’opposition devant un pouvoir dont la mauvaise foi dans la plupart des grands enjeux de l’heure est évidente, inquiète au plus haut point. D’aucuns essaieront de les absoudre en disant que c’est parfois le prix à payer pour vivre en Haïti. Espérons que ces amis pourront se ressaisir et qu’ils auront le courage de faire eux-mêmes le ménage avant que l’inévitable balayage ne se produise dans l’anarchie.

La liste des griefs contre l’équipe actuelle est longue. Nous nous contenterons de rappeler ici les violations les plus graves de la Constitution et des propres promesses électorales du candidat Martelly :

  1. La nomination illégale de 10 membres de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif par le Président;
  2. La confiscation du système judiciaire par l'Exécutif, ce qui explique que des accusés et inculpés tels que Jean-Claude Duvalier, Clifford Brandt junior ne soient pas toujours jugé;
  3. L'interminable valse-hésitation qu'est devenue l'instruction de l'affaire Jean;
  4. Les interventions, sans mandat aucun, de l'épouse et du fils du président dans des champs de compétence des pouvoirs publics et leur nomination après coup comme comptables des deniers publics par le président lui-mê;
  5. La mort jamais éclaircie du juge Jean Serge Joseph il y a six mois le 13 juillet;
  6. La mauvaise foi manifestée par l'Exécutif en refusant d'organiser des élections en 2011, 2012 et 2013 pour le renouvellement, prévu dans la Constitution, du tiers du Sénat et de l'ensemble des commissions;
  7. Le contrat de 45 millions de US$ signé avec la firme Smartmatic en novembre 2012 pour produire les cartes d'identification électorale, ouvrant la porte à la préparation d'une fraude électronique massive aux prochaines élections. Comme on le sait, la manipulation est beaucoup plus ouverte et possible par le vote électronique que par le vote avec les bulletins;
  8. Le non-respect de l'obligation d'audit en ce qui concerne le Fonds PetroCaribe et les contrats signés et exécutés dans le cadre de ce;
  9. L'arrestation et l'emprisonnement des frères Enoldet Josué Florestal;
  10. Les incessants et très coûteux voyages de l'équipe présidentielle à l'étranger;
  11. L'absence de rapports sur l'utilisation des 432 millions de dollars américains dépensés à l'occasion du passage de l'ouraganen 2012;
  12. Le mystère entourant la destination finale de l'indemnité de 3.4 millions de dollars versée par l'Uruguay au titre de la sodomisation d'un jeune Haïtien par ses casques;
  13. Le cafouillage dans lequel se sont empêtrés le Premier ministre et les ministres des affaires étrangères dans les déclarations relatives au maquillage des façades du quartier défavorisé de Bois Jalousie à Pétion-ville;

La médiation de l’abstraction
La participation à des réunions avec les détenteurs actuels du pouvoir représente une acceptation tacite, sinon un aval, des activités mentionnées ci-dessus et un mépris de la Constitution, des familles victimes des incendies allumées par le pouvoir, de la mort du juge Jean-Serge Joseph, etc. Ainsi, le gouvernement actuel représente un boulet aux pieds de la société haïtienne. Si nous ne nous en rendons pas compte intuitivement, nous devons avoir le courage de nous faire violence pour accepter cette vérité. Le dialogue à instaurer est celui de la société haïtienne avec elle-même, qui doit refuser de mâcher ses mots pour pourfendre les pesanteurs historiques qui bloquent tout avancement national. Nous savons que bien des choses ne tournent pas rond dans le gouvernement. Nous sommes revenus au culte de la personnalité présidentielle comme au temps de la monarchie absolue. Le président se croit tout permis et refuse de rendre des comptes. Ayant énuméré les fautes commises par le gouvernement Martelly, on ne saurait accepter de dialoguer avec un tel pouvoir avant qu’il ne reconnaisse ses fautes et ne s’en repente. Nul ne peut profiter de sa propre faute.

Dans le domaine de l’éducation, le gouvernement Martelly est en train de casser le peu qui en restait après plus d’un demi-siècle de mauvaise gestion. Il est en porte-à-faux avec les règles et les principes de tout programme d’éducation sérieux. Comment prétendre démarrer un tel programme sans faire appel à des cadres et à des exécutants qualifiés? Le raisonnement des dirigeants ne tient pas la route. Aucun progrès n’est possible avec un système d’éducation incapable de diffuser le savoir. Le raisonnement est d’autant plus inconsistant, voire spécieux, qu’il n’y a personne pour réaliser le programme promis. D’ailleurs quelle peut être la valeur d’un enseignement dispensé par une pensée déficiente ? Nous l’avions écrit l’an dernier à partir de l’analyse de la situation du secteur de l’éducation en 1979. « C’est surtout le cas dans les écoles publiques en milieu rural où seulement 35% du personnel enseignant était qualifié[3]. Selon le Ministère de l’Éducation nationale, 26 ans plus tard en 2005, la situation s’est encore détériorée, car 85% des enseignants n’ont aucune formation professionnelle et 30% d’entre eux ont un niveau inférieur à la neuvième année fondamentale[4]. On s’explique donc que le taux d’échec au baccalauréat soit généralement de 65%. Le personnel éducatif, qui était déjà sous-qualifié, s’est trouvé encore amputé suite au séisme de janvier 2010. »

La pensée magique du charlatan et de son client
Plusieurs questions se posent à ce carrefour. Quel savoir pour quel dialogue mais aussi quel dialogue pour quel savoir ? Comment libérer l’homme haïtien pour lui permettre d’acquérir les connaissances nécessaires à son avancement ? Quelle valeur peut avoir un enseignement dispensé qui ne tient pas compte du degré d’abstraction lié au savoir ? Quelle est la réalité du pouvoir Martelly ? Que savons-nous de concret sur ce gouvernement qui n’arrive même pas à dégager de ses entrées de fonds les ressources nécessaires pour payer les professeurs du programme PSUGO ? Le départ du gouvernement Martelly réclamé par de larges couches de la société civile est-il une fin en soi ou un moyen ? Sur le plan des idées, quelles sont les finalités de l’opposition actuelle des démocrates et des citoyens ? La présence d’une hauteur conceptuelle passant par la démission de Martelly fait partie des démarches du concret qui ne peuvent que rendre service à la société haïtienne en général. Une abstraction qui ne coupe pas le citoyen du réel, mais au contraire l’y conduit de façon décisive.

La pensée magique laisse croire que l’on peut arriver à quelque chose à partir de rien. Que Martelly puisse devenir tout d’un coup un être rationnel et modeste. Elle fait avaler l’idée que n’importe quel citoyen puisse devenir riche instantanément. La pensée magique n’est pas uniquement celle du charlatan, mais aussi de son client. On connaît les démarches d’un parent sollicitant les incantations d’un bokor pour faire réussir son fils au baccalauréat après plusieurs échecs. Le bokor fait boire de l’encre au jeune homme et dépose un œuf sur la tête de ce dernier. Le bonhomme a continué dans l’intervalle à suivre ses cours et à préparer consciencieusement ses examens. Toutefois, c’est l’irrationalité qui triomphe lorsque le nom du jeune homme est cité à la radio dans la proclamation des résultats. Le bokor est alors unanimement crédité de ce succès, d’autant plus qu’il avait donné « une plume montée » au jeune homme pour écrire ses examens !

Le dialogue orchestré avec les partis politiques et l’église catholique constitue le dernier tour de passe-passe du système éculé de la pensée magique. C’est un théâtre d’ombres dans un terrain miné d’où certains croient pouvoir sortir sans exorciser les démons qui les tiennent en otage depuis toujours. Le dialogue actuel entrepris sous la houlette du Cardinal Langlois s’apparente à un marché conclu entre les partis politiques et les marchands du temple, perpétuant les multiples obstacles au développement du pays. De multiples résonances qui laissent la porte ouverte à la trahison pour sauver le statu quo.

Chasser les vendeurs du temple
Le dialogue à l’hôtel El Rancho est vu dans l’opinion publique comme le bluff d’un pouvoir aux abois, qui veut se refaire une nouvelle virginité, tout en refusant de demander pardon pour les crimes commis. Espérons que le Cardinal Langlois retrouve vite la sagesse d’un Jésus chassant les vendeurs du temple ! Souvent dans notre pays, les voyous deviennent des héros et ceux qui réclament justice contre eux sont présentés comme de vulgaires aigris manipulés par des intérêts puissants. Il y a non seulement absence de confiance, mais aussi absence de dignité. Le drame de notre pays est là. Nous pensons collectivement et de façon inconsciente (ce qui est encore plus grave) que personne n’est capable de dignité, surtout devant le pouvoir et l’argent. Les Haïtiens ont renoncé à leurs qualités d’hommes et de femmes, à leur qualité d’êtres humains tout court.

C’est une comédie que de dialoguer avec des imposteurs sans mettre en avant la justice d’abord. Dialoguer avec cette équipe, c’est donner son accord à des gens qui ont les mains sales. De prétendus patriotes qui ont reçu l’argent de l’extrême-droite dominicaine pour se hisser au pouvoir contre les intérêts des Dominicains d’origine haïtienne qui seront deux ans plus tard victimes de l’arrêt TC 168-13 du Tribunal Constitutionnel. Dialoguer avec eux, c’est consacrer l’humiliation de la pensée critique et pactiser avec la détermination de travestir la vérité. C’est aussi et surtout faire l’apologie de la honte et participer à la guerre contre les valeurs démocratiques d’intégrité et du respect des principes et valeurs de la République.

Le Président se croit un Dieu et veut décider de tout, du fonctionnement du Sénat, de la Chambre des Députés, de la Haute Cour de Justice, de la Cour Supérieure des Comptes, des mairies, des conseils communautaires. La maladie du pays vient du refus du Président de la République d’accepter d’observer les lois et en premier lieu la Constitution. Le mal du pays vient du fait que le Président refuse le fonctionnement des institutions.

La communauté internationale, qui occupe Haïti depuis une décennie, a peur de voir la marmite voler en éclats, car elle ne fait rien pour alléger la misère. On aura certainement beau jeu de dire que tel n’était pas leur mandat initial et n’a jamais fait partie des règles d’engagement des forces de maintien de la paix. Mais Haïti n’a jamais été un pays en guerre et le devoir d’ingérence qui justifie leur présence ne devrait en aucun cas limiter les contingents de la MINUSTAH à un rôle d’observateur et de force d’interposition. N’est-ce pas cette même instance qui a décidé de l’issue des deux dernières élections générales tenues au pays ? On n’a pas besoin d’être ni prophète de malheur ni prophète tout court pour reconnaître qu’Haïti est à la veille d’un grand bouleversement intérieur. À un moment où les élèves sont dans les rues en grève pour demander des professeurs compétents, à un carrefour où les ouvriers réclament un salaire minimum de 500 gourdes, c’est la police qui les confronte. Les professeurs qui participent au programme PSUGO n’ont pas été payés dans certains cas depuis 5 mois, dans d’autres cas depuis 8 mois. Les élèves manifestent dans les rues aux cris de « Vive l’éducation, à bas le carnaval ».

Notre pays est ridiculisé par l’équipe actuelle
Le gouvernement Martelly, qui prétendait faire de l’éducation son cheval de bataille, a démontré son incapacité à y parvenir. Même verdict au niveau du dialogue. Le ridicule et la comédie commencent avec plus de 40 partis politiques, alors qu’à côté en République Dominicaine il n’y en a que trois grands partis. Les formules de consensus et de transition portent nombre de participants à ce dialogue de dupes à accepter les manigances du gouvernement Martelly et à boire du poison en acceptant ce scandale de cynisme. On apprend à désespérer quand on voit le dialogue réconcilier les participants avec l’absurde. On perpétue la bêtise. La réalité est que la débauche et l’argent facile gangrènent la jeunesse, désarment éthiquement la population et annihilent ses possibilités de participation au développement d’Haïti. Les pratiques délétères de l’État marron jurent avec l’ambition affichée par le président Martelly. À preuve, même l’Université du Nord donnée en cadeau par la République Dominicaine est fermée, et les 1 200 étudiants congédiés se retrouvent sur le pavé. Les propos rassurants du Ministre de l’Éducation nationale n’y feront rien. Heureusement que les forces vives du pays ne se laissent pas berner par les manœuvres de diversion des bandits légaux.

En réprimant les manifestants aux Gonaïves, à Carrefour, Petit-Goâve, Port-de-Paix, la police nationale tue des jeunes écoliers en leur tirant des balles à la tête, comme c’est le cas pour le jeune Jamesky Osias à Bassin Bleu dans le département du Nord-Ouest le 27 janvier 2014. La crise éthique est déjà trop profonde. Le pire est à la porte. Michel Martelly sait bien ce qu’il fait en écrivant un scénario catastrophique dans lequel entrent en même temps un Cardinal Langlois au passé vierge et au visage innocent et la vieille recette des carnavals placés sous le patronage de la présidence et du grand commerce. Il est à souhaiter que le Prélat refuse d’être le « kamikaze » du statu quo dans un pays au bord du gouffre. Qu’il ne mette pas trop longtemps pour découvrir les ficelles de ce jeu macabre, ainsi que le caractère scandaleux de l’exploitation éhontée des valeurs morales symbolisées par sa seule présence et des bas instincts qu’encourage le pouvoir avec sa stratégie de plusieurs carnavals par année. Avec le gouvernement Martelly, et la restauration du duvaliérisme, nous assistons au grand bond en arrière du 21e siècle. Un bel avenir nous est promis.

La confusion politique, institutionnelle et administrative que connaît Haïti ne peut plus continuer. Notre pays est ridiculisé par le travail destructif de l’équipe actuelle. Le temps est venu de fermer la parenthèse de la débauche, des amalgames incohérents et du désordre à tous les niveaux de la hiérarchie et des structures mentales !